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Maintenance du métier à passementerie

Maintenance du métier à passementerie
Le métier à passementerie du musée a été remis en fonction en 2001 après 2 années de restauration. Pour la 1ère fois, l'équipe technique du musée a dû changer les fils de chaîne. Découvrez cette importante opération de maintenance.

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Le musée de la Seine-et-Marne possède dans ses collections un métier à passementerie à système jacquard qui provient de Saâcy-sur-Marne. Ce métier permet de fabriquer 28 rubans identiques, avec un motif, chaque ruban pouvant avoir des couleurs différentes.
L’équipe technique du musée, qui accueille également le public, a été formée par un ingénieur spécialisé en matériel textile de la région de Saint-Etienne, à faire fonctionner ce métier, à son entretien et sa maintenance. 

Cette année, les fils de chaîne qui se déroulent depuis les ensouples à l’arrière du métier sont arrivés à bout. Il a fallu envoyer les ensouples en région stéphanoise, à l’entreprise Style Jacquard, pour procéder à l’ourdissage des ensouples. Les fils de chaîne sont en effet enroulés parallèlement sur des billots (grosses bobines à joues en bois dites « ensouples ») dans un ordre précis. Le travail de l'ourdisseuse, opération commune à toutes les sortes de tissage, est très important. Une tension uniforme sans fils lâche facilitera le travail du tisseur. 

 

Une fois les ensouples rechargées en fil (ourdis), Franck Keller et Alain Bagnost, devraient procéder à ce qu’on appelle en région stéphanoise une « mise en train » du métier. Plus précisément, comme il n'y a pas changement de peigne, de nombre de fils, ...car le nouveau galon est le même que l'ancien, on peut qualifier cette mise en train de « suite ». Dans cette procédure technique, nos collègues doivent procéder au tordage, un tour de main qui permet de nouer rapidement la chaîne aux fils d'enfilage. La chaîne est mise en place lorsque les fils sont tirés à travers les peignes et les lisses. Sur le métier du musée, il faut effectuer 1904 nœuds. 

Traditionnellement, dans les ateliers à domicile, la mise en train était faite par le passementier. Dans les usines, elle est faite par des personnes qui ne font que cela ; ainsi, une passementière de la région de Saint-Etienne avait comme mention sur ses fiches de paie, « metteuse en train » ! Elle travaillait avec des "tordeuses", en général des femmes, qui ne faisaient que raccorder les fils un par un (jusqu'à 15 000 par jour, alors qu'un passementier à domicile faisant une ou deux mises en train par mois en tord environ 4000).

 

Nos collègues, sont en train de mettre en œuvre ce savoir-faire au musée. Moins expérimentés que nos tordeuses stéphanoises, ils mettront un peu plus de temps. Mais, néanmoins, le métier devrait fonctionner d’ici la fin du mois de septembre. Ceci est un bel exemple de transfert de compétence et de réappropriation d’une technique professionnelle par un musée. C’est aussi précieux que nos collections d’objets. Cela constitue un élément de patrimoine immatériel et rend vivantes nos collections. 

 

Le musée d’art et d’industrie de Saint-Etienne s’intéresse à notre démarche, car pour l’instant, leurs métiers à passementerie fonctionnent grâce à des retraités bénévoles issus de leur bassin passementier. Mais ceux-ci sont de moins en moins nombreux au fil du temps, et la question du transfert de compétences se pose. 

Un musée de société n’est pas qu’un conservatoire d’objets inertes. C’est un lieu vivant qui peut participer à la sauvegarde de savoir-faire. Notre métier est ainsi un outil de médiation, apprécié des visiteurs, qui est un support d’échanges avec nos techniciens quand ils le font fonctionner autour de sujets comme : l’évolution technique, le savoir-faire, le progrès, la dimension esthétique des machines etc. 

 

C’est un élément de fierté pour mes collègues d’avoir acquis et de savoir reproduire ce savoir-faire, et c’est un élément de fierté pour moi, responsable de l’établissement, de pouvoir offrir ce service aux visiteurs du musée, et de participer à la passation de ces savoirs qui font notre richesse patrimoniale. 

Evelyne BARON Conservatrice en chef du patrimoine Responsable du musée de la Seine-et-Marne.